Lettre pour Marc Bergevin

Salut Marco, comment que tu vas? C'est le printemps, le vrai maintenant. Même que ça ressemble pas mal à l'été aussi.

Je me suis mis ma calotte de fefan ces séries-ci. Je sais que je devrais t'appeler Bergevin, ou M. Bergevin, ou Marc, ou même M. Marc, mais Marco fait plus hot. Tu me connais pas, ou en fait pas personnellement. Mais moi oui. Ou en fait, pas perso non plus, mais je suis un des fans du CH alors c'est tout comme.

C'est fini, comme disait l'autre. Paraît que c'est jamais fini tant que la grosse toutoune a pas fini de chanter; faut donc croire que ça y est, qu'elle a fini cette fois. Oh, pas notre Ginette. J'en vois déjà dire que c'est d'elle dont je parle, mais c'est pas ça. Notre Ginette, elle a jamais arrêté de chanter. Pis elle est pas grosse non plus, tiens! Pas gentil, dire ça. Non, c'est l'autre grosse toutoune, celle qui est figurée. Comme dans l'expression.

Notre chien est mort. Préfères-tu celle-là, Marco? Un ami et moi, on avait commencé à appeler le CH, le Canachien, c'est de là que vient le chien. Parce que c'est plus court. On avait inventé cette expression-là pendant les années de vache maigre, pour tout te dire, mais maintenant la vache est rendue bien grasse. Mais c'est dur de se défaire d'une expression. Comme Subban pis ses montées, c'est des habitudes.

C'est fini, donc. Bon, ça fait déjà sept dodos de ça, mais je me disais que tu voudrais ben avoir la sainte paix à propos de la Sainte-Flanelle pendant que'q temps. Sept  dodos par contre, ça, je me dis que c'est en masse de paix déjà. As-tu salsé, Marco? Je te l'ai demandé sur Twitter, j'avais été faire mon social là-dessus.

C'est moi qui t'as envoyé ça, le soir de la défaite fatale. Tu l'avais-tu vu? Bah, pas grave si non, évident. Mais tsé, je t'ai parlé pendant les séries, surtout celle contre Boston en fait. Je me disais que y fallait bien tous y faire que'q chose, pis c'était ma façon de participer. Pis c'est toujours spécial contre les Bruns. Je faisais ça pour les gars. Pour Nos Gars. C'est pour ça j'écrivais toujours #NosGars. Les gars du Canadien, y sont tous nos gars. Même si y viennent pas tous de Mtl. Prends moi, par exemple. Je suis de Mtl, mais c'est pas là j'habite. Je suis à Toron'ah, au moins pour encore que'q temps. Mais c'est pas en touriste, tsé je fais pas mon Vanek. C'est là j'habite. Chez les anglos, ouin. Faut ben que queq'un ait le CH sur le coeur ici itou. Anyway, la ville de TO est pas trop hockey depuis que je suis ici. Tout l'monde peut être hockey pendant l'hiver, mais ça veut rien dire. Faut être hockey pendant l'printemps. C'est là qu'ça compte.

Pis ça a compté chez nous, à Mtl.

C'est vraiment le printemps du Québec cette année. Y'a le jeune Xavier, à Can, ou que'q chose de même, entouca en France. Y'a la jeune Eugenie en plus en tennis, Bouchard qu'elle s'appelle, y parait qu'elle est full bonne, elle. Belle en plus de ça itou, même si c'est pas vraiment ça l'important. Tout le monde peut être beau, mais pas tout le monde peut frapper des balles de tennis. Aussi en tennis, y'a aussi Pierre-Ludovic Duclos, mais bon lui, vaut mieux juste même pas en parler. Ni même y penser. Personne le connaissait avant même ça anyway. Pauline non plus, c'était pas son hiver. Ou en fait, son printemps. Mais moi, je pense qu'elle a juste déclenché ça trop vite. Fallait qu'elle attende à la fin de l'hiver. Elle pensait sûrement ça serait fini en avril, mais c't'année, on a un deux ou trois hivers dans notre seul hiver. Pis après l'hiver, on est passé en mode hockey.

En récompense, on a eu droit aux exploits de P.K. C'te gars-là, c'est lui qui nous fallait depuis lurette. Y'a une personnalité magnétique, le gars que je suivrais dans l'feu. (Pas juste figuré là, on l'a suivi dans l'feu d'l'action, mais j'irais dans les flammes pour P.K. Si tu veux mon conseil, Marco, t'es bien mieux d'le signer. Si y veut la tirelire, dis y que pas besoin de casser le ti cochon. Y'a un bouchon en-dessous que y peut enlever, pis toute le cash va être pour lui toute façon. Markov itou, ramène-le. Mais pas l'touriste Vanek, ste-plaît.)

C'est P.K. qu'on a suivi, pis y'a survolé la gang de Astérix à Tampa Bay. C'est là qu'on a vu ta routine, en passant. T'avais l'air du gars, comme j'avais écrit après l'match, du "jeune garçon de 8 ans qui se fait offrir pour Noël des billets pour un match du CH". Y'avait pas de doute, tu joues p'têtre plus, mais tes souliers d'danse étaient aiguisés. Et pas à peu près.

Ça nous a toute inspirés, pis rapido presto on était rendu au 2e tour. Contre les bad Bruins. Y'en a qui auraient eu peur (ici à TO, justement!), mais pas nous. Les Bruns sont toujours bad, mais contre le CH y sont jamais ben, ben gros. Y parlent, mais y gagnent jamais bien souvent. Mais pareil, c'tait une grosse série. Fallait pas que P.K. pis la gang tue leur peau avant la fin, mais ça nous empêchait pas à nous d'le faire. (Tsé, Marco, que la peau d'ours que tu voyais partout au Temple, c'était mes amis.) C'est ça, Mtl. La ville est hockey, pis ça inclut les ours.

Les Blue shirts nous attendaient après ça. J'y croyais en plus, ça me rappelait mes 8 ans quand Patrick E nous avait guidé jusqu'au bout y'a déjà 20 ans. J'avais moi-même aiguisé mes souliers, tu sais jamais quand que c'est que tu vas salser. (Même si perso, je suis plus chaud sur le krumping ou que'q chose de même.) Plus P.K., il avançait, plus j'y croyais. On t'a pas trop vu salser, je sais, tu sais autant que moi que c'est impossible de battre le gars qui est en deuil de sa mère. En plus qu'elle est Québécoise. France Theroux St-Louis, elle était pas hockey. Elle était soldier, ou que'q chose de même qui est encore plus que hockey. J'savais qu'on avait perdu, parce que tu peux pas battre la mère qui est morte.

C'est fini, mais ça a fait juste commencer, Marco. Je suis plus optimiste que Flower mettons. P.K. va revenir, Price avec, pis nos gars vont y aller fort. C'est ça, l'sport. Après le dernier sifflet, tu t'dis que y'a toujours l'an prochain. Dans le hockey, tu sais que la toutoune va toujours recommencer à chanter. Sa toune finit, mais pas son spectacle. C'est juste l'entracte.