Troisième lettre pour Marc Bergevin

Salut Marco, comment va? J’ai décidé de raccourcir ma façon de parler, par le passé je te disais comment que tu allais, mais c’t’un nouveau monde aujourd’hui.

Mais oui, comment va? J’te demande ça aujourd’hui, mais en fait c’est pas exact. Comment va mais, surtout, as-tu pu dormir? As-tu dormi, parce que l’ambiance était électrique mercredi soir au Temple, les fans étaient en feux et tu sais ce qu’ils disent : donne à un homme une bonne team de hockey et il te donnera des flammèches.

On a flammèché ça, mon Marco, pis pas à peu près. Le centre-ville était bleu, blanc, rouge pis même que le coach d’Ottawa, la recrue, l’a pas trouvée drôle, lui. 

C’est pour ça que je me demande si tu as peut-être raté de sommeil. As-tu vu la une du Ottawa Sun? Je veux bien que le soleil brille même aux endroits les plus sombres, mais ils sont des vrais trous-duc à Ottawa. Il faut pas avoir la tête à Papineau pour comprendre à quel point c’est idiot.

C’est bien signe que les séries sont là: le monde d’Ottawa se fait offusquer et se sent persécuté. Pas facile, après tout, habiter à la même place que Harper. Ça t’donne un dur coup à l’orgueil, ça. Et ça t’amène à t’prendre pour un Nick Berrof.

Autre signe que les séries sont là, mon Marco?

C’est l’printemps, oui. Les gars de la météo, je sais pas porque ils se donnent de la peine avec leurs prévisions: le printemps est là quand les séries sont là. Point sur la ligne.

Tu m’excuseras, j’ai voulu attendre la fin de l’hiver avant de t’écrire. Tu sais, je suis comme les ours, moi, pendant l’hiver. Tiens, c’est les ours de Boston qui sont les faux: eux, quand le printemps arrive, c’est là qu’ils hivernent. Pauvre Lucic. (HAHA, une bonne blague!)

Mais bon, c’est l’printemps. C’est le printemps, donc tous les matchs de nos Gars comptent pour vrai. C’est pas du faux hockey comme quand que je t’avais écrit pendant le hors-concours. Cette fois, c’est là que va se gagner la Coupe alors faut bien avoir aiguisé nos Bauer.

Marco, personne est malade quand le CH joue. C’est la science et je dis ça parce que c’est mon ami qui le dit et qu’il a fait plein de trucs scientistes à l’université. Alors, c’est vrai. Il parle de cause, lui.

J’ai regardé beaucoup peu de ce premier match contre les sept nains d’Ottawa, mais je t’ai remarqué. Bel habit, Marco; j’en ai un sensiblement pareil. Il te fait mieux à toi, je sais, et je suis assez homme pour l’admettre.

Remarque, j’ai pas remarqué que ton veston. Non. J’ai remarqué ta poignée de main et maudit que ça m’a fait rire; écoute, mon Marco, je dis pas ça en insulte. C’est une observation, pis on taquine bien ceux qu’on admire dans la vie. Mais bon, ta poignée de main. En un mot: un vrai désastre.

Une poignée de main, Marco, je vais t’expliquer. Moi qui te dit tout le temps de salsa pis que faut que tu aies aiguisé tes souliers d’danse pour salser, tu es devenu bon depuis. Mais une poignée de main, c’est plus comme une valse. Ça se fait à deux. C’est comme s’il faut tu comprennes ce que ton autre danseur, et c’est bien clair que ça a raté. Pas de problème, on fait que retourner à la table de dessin. Ça ira mieux ce soir, pour la deuxième défaite.

Notre Ginette préférée, notre vrai trésor national même avant Céline (avec mon respect à Steve et à Xavier), sera là. Un qui y sera pas, malheureusement, c’est le Gros Bill. Tu le sais mieux que moi, on a perdu un grand cette saison; et pas seulement un grand en taille. Pour ça que je suis allé à l’église, cette fois-là, et j’les ai tous vus. Vinny Damphousse (mais sans son charcoal), Yvon Lambert et une couple d’autres. Yvan aussi, oui. J’étais là pour son eulogie bien touchée.

Tu sais, Marco, des fois faut un mal pour un bien. Et d’autres fois, faut un Béliveau pour une 25e Coupe. En somme, faut juste avoir un ticket pour la grande danse des playoffs et après, tout peut arriver. On a la chance d’notre côté parce qu’on est les Glorieux, oui, mais surtout parce que Jean, il est à côté du Bon Dieu aujourd’hui. Parce que c’est ça, l’important. C’est d’être invité à la grande danse.

Une fois là, tout peut arriver comme j’te dis, Marco. Je sais, je sais. C’est vrai que tout peut arriver, mais c’est plus facile que tout t’arrive si t’as ton soulier en verre.

On a le nôtre, bien sûr. Il s’appelle Carey. Carey, l’excellent. Carey, le (E) roi. Appelle le comme tu veux, Carey avait pas de prix cette saison. Il va rafler la palme, tous les lauriers, après avoir conquis tous nos coeurs à nous dans la métropole. Si les ti z’oiseaux chantent de ces jours-ci, c’est parce que c’est le printemps, oui, mais aussi parce qu’ils savent qu’on est dans d’beaux draps.

Tu vas me dire que je chavire et que cette expression-là est mauvaise, mais j’ai jamais compris porque: les draps, ils sont BEAUX dans l’expression. Moi, j’me coucherais volontiers dans de beaux draps. Tiens, si c’est mes beaux draps, ça veut quand même dire que mon lit est fait. Et quand ton lit est fait, Marco, tu fais quoi? En plein ça, tu t’couches dedans.

Dans la NHL, si tu peux me permettre mon image figurée, Marco, y’a pas meilleur metteur de draps que Carey. Et c’est pour ça qu’on aura notre printemps glorieux cette année.

Bon, c’est mon temps de mes confessions (Même si part deux est bien meilleur, j’ai juste un part un, moi.), mon Marco. Faut écouter le coeur, des fois. En ce moment, la ville est hockey et son coeur bat au rythme de P.K. On cause juste des Sherwoods ou de notre capitaine sans C, mais pas moi. Moi, je cause de coeur. Du mieux, tu vas comprendre. Pour ça, j’te confesse que j’ai rien regardé depuis 4-5 mois cette saison. J’aime le CH, mais c’est comme le vélo: ça s’oublie pas. (Aussi comme le vélo sur ce niveau: maudit que c’est tough quand la pente monte. Mais faut avoir sa lancée, pis tout va bien.)

J’suis de retour parce que c’est les playoffs, #lavraiesaison, et parce que je pouvais juste pas être là pendant la saison de régulation.

C’est peut-être ça, la différence entre fan et fefan. Je regarde aller un gars comme @GoHabsGoNumber1 sur Twitter et je me dis que sa vie est simple; que sa vie, si tu veux, est comme un gros pâté chinois tricolore.

Lui, il peut vivre à longueur d’année au beat du CH. Lui, il a de la place dans son coeur que pour le CH. Mais, moi? Moi, Marco, mettons que j’aime beaucoup mon pâté chinois mais pas à tous les jours. J’ai besoin d’une soupe tonkinoise (le baseball) ou de tartare au saumon aussi (le  basketball) de temps à autre.

Moi, mon Marco, j’ai une place pour le CH dans mon coeur mais justement: juste une place. Comme l’a dit Kevin sur La Voice, faut croire dans la vie. Et voilà, moi je crois que y’a d’autres personnes ben plus chéries à mes yeux. Tu sais, c’est comme on dit dans l’expression. C’est toujours le printemps au Centre Bell, mais le coeur a ses propres saisons.