Quatrième lettre pour Marc Bergevin: échanger Carey Price?

  (Photo via  Lisa Gansky )

(Photo via Lisa Gansky)

Bonjour mon Marco, comment va? On poursuit les classics, faque je te demande comment va. Mais parce que j’viens pas d’hier non plus, un petit «mon». En tant que GM du CH, y’a une petite part de toi qui est à nous tous, fans des Gars. Ça vient avec le terroir comme on dit ici.

Mais bref, salutations permises, alors on continue le galop. Ton CH va bien, tu dois bien être en galère. Je veux pas vendre la mèche de ma lettre de suite, donc je vais faire un p'tit détour ok?

Passons aux choses qui le sont un peu moins, sérieuses: la vie. J’approche mes 30 ans, mon Marco; tu peux-tu faire mon thérapiste? Comme mon gars Frank, j’te dis de laisser le compteur aller et que je te paye après, comme un taxi, tu peux m’écouter quelques minutes? Good.

Faque 30 ans, mon Marco. Ça te rajeunit pas ton coeur de gars, ça. Je te dis juste ça parce que des fois tu vieillis et comprends que ton coeur peut plus vivre que sur les gars et le sport national. Les seuls qui peuvent sont ceux comme toi, Marco, à qui le hockey permet de se nourrir avec l'argent. On va pas bien bien loin avec juste du Kraft Dinner, comme l’alcool; t’as besoin de l’amour avec un grand A et d’un coeur mieux que le tien pour te montrer l’chemin. Tu me suis?

Mais ce qui te rajeunit ton gars, c’est de voir ses gars passer en troisième vitesse. Wow. Une fiche de 13-2-2, on est en liesse! Nos Gars sont le discours d’la ville, comme ils disent, mieux encore que la gang de Guy A. Lepage à Radio-Can parce que samedi, c'est meilleur que dimanche. Tout ce que t’as touché se transforme en or cette saison, comme si t’étais toi itou arrivé à 30 ans dans la fleur de l'âge et que t’étais dans l’El Dorado. Même l’attaque, souvent si maligne et de type pee-wee, s’est réveillée. Déjà cinq buts, neuf passes pour l’autre trésor national, David «Dej» Desharnais; qu'est-ce qui lui prend?

J’ai vu que t’as enfin donné le Bauer en composite du C au charismatique «Mad Max» Pacio. Je t’ai jamais caché que ça m’a déçu, cette décision; mais c’est la vie. (Encore la vie, tu vois le thème?) C’est toi, l’expert dans l’art de salser, moi je suis juste un Greg Pateryn qui sait même pas engloutir sa poutine Petry. J’ai mes skates de danse, mais ils sont bien jeunes.

Et de toute façon, c’est normal dans une cabane de gars: on peut être pas d’accord, ça fait pas que y’a chicane pareil.

Faque me voici avec de quoi à te proposer, mon Marco. Appelle ça mon Vol 920: j’pars à l’aventure pis m’arrêtera qui le voudra bien. (Comme tu vois, pour sûr que j’ai sorti mon français du dimanche.) Évident, je pars à l’aventure mais j’sais que personne me trouvera full vox pop. Personne votera pour moi. Pas grave: le «Oui» a perdu en 1995 après tout, pas vrai?

Tu vois, j’me demande. Vingt-huit points au classement c’est bien, mais c’est pas en novembre que tu gagnes ta coupe. C’est en faisant un gros trade en novembre que tu peux l’faire. Se tourner les pouces sans arrêt, c’est ben beau mais ça finit par te faire de l’eczéma, tu me comprends-tu?

Alors écoute-moi deux secondes, tiens j’te sors mon idée de trade du dimanche itou: parce que t’es un peu comme le p’tit Jésus, toi, sauf que le dimanche tu te reposes pas. Tu fais pas la sieste le 7e jour, tu fais le move pour amener tout les fans des Gars au 7e ciel.

  (Photo via  Loogart )

(Photo via Loogart)

Porque pas offrir saint Carey au plus offrant, l’envoyer à Dallas mettons pour quelque chose comme Jamie Benne pis Séguin et sa chèvre? Parce que tu vois, on a déjà notre relève dans les buts: Mike Condon, tu le connais c’est sûr. (En passant, c’est bien Mike Condon? Il m’a toujours ressemblé à être un Mark, lui. Oops.) C'est parce que Condon, il a quelque chose comme la réputation, une sorte de nectar des dieux. Huit matchs joués, six victoires et deux fausses défaites en OT, et le sixième meilleur pourcentage d'arrêts de la NHL; c'est encore meilleur que Price, ça. 

Bon j’te dis pas que c’est un must, du style « tu l’fais sinon… », pis tu t’réveilles le matin avec une jambe dans l’plâtre. Je suis pas un mafieux, ni un vieux d’la vieille, bref j’parle avec ma bouche, pas mes poings. Et j’aime le CH, alors je te voudrais jamais de mal. Je suis vendu au CH(ien), comme un chien à son maître.

Mais ça serait un bon move, même si tu me diras que je fais mon gérant de salon. À quoi j’te réponds et pis? C’est comme l’Antichambre, mais moi je suis dans mon coin et j’ai pas les crocs du Tigre Bergy.

Tes conseillers te diront de pas m’écouter, que j’ai fait mon tour dans le studio de Salvail et que je suis pompette, ou encore qu’il faut pas écouter le p’tit diable qu’on a tous sur son épaule. Mais les génies sont souvent incompris. Et tout ça, c’est pas vrai. Je suis comme ton fou du roi du bon côté de ton épaule pendant que sur l’autre, c’est Dany Turcotte avec ses jokes nounounes.

Bon, le monde m'aimera pas, je sais bien, mais la vérité choque. Et c'est pas parce que je suis pas enfant que ça veut dire que je dis pas la vérité.

Tu sais comment je sais que je suis sur le bon côté? Tes conseillers me voient du mauvais, mais juste parce qu’ils te regardent en face. C’est comme quand tu te regardes dans l’miroir pis tu te dis tu dois changer ta mèche de cheveux à droite pis quand tu le fais t’es obligé de dire non l’autre droite.

C’est une business, la NHL, tu t’y connais; tu fais ça certainement trois fois par jour, prendre des décisions de chef. C’est que c’est maintenant le temps de bouger pis d’envoyer ton fer pendant qu’il brille toujours pour recevoir deux, trois pépites d’or; c’est l’El Dorado, tu te souviens-tu? T’es à la conquête du Graal argent parce que dans la NHL, l’or, c’est encore de l’argent.

En plus, c’est l’moment de l’année où le coeur, comme le climat, se fait froid. Notre CH joue juste deux matchs en sept jours c’te semaine, ça explique porque le soleil se couche avant 5h. (Je dis pas que…, je fais juste dire.) C’est l’hiver dehors, envoye-nous un peu en Floride: grossier, engraissant mais ultimement bénéfique.

On n’a pas toujours vu oeil à oeil, toi et moi Marco. Je pense notamment à Pacio et à son Sherwood en bois que tu vois dans ta soupe, je t’ai déjà discuté de lui oui mais écoute encore, à Pacio donc que tu vois dans ta soupe pendant que moi, ma recette aux lentilles prend le Bauer de P.K. Or, dans les deux cas, on s’entend-tu sur le fait que la mijoteuse de Ricardo est nécessaire?

J’ai raison cette fois, mon Marco. Tu peux pas t’acheter ton coeur de pirate de CH, mais tu peux t’acheter ta coupe. T’as juste besoin de ta Mastercard de GM, parce que le prix est bon. Shoote saint Carey à Dallas en retour de trois, deux stars, pis commence l’ère Condon.

Y'a rien de plus étanche. (C'est mon ami qui me l'a dite, celle-là.)