Le « Ice Bucket Challenge » : Réplique aux offusqués

Il y a beaucoup trop de cynisme dans notre monde. Et s’il y a autant de cynisme, c’est parce qu’il y a tellement de cyniques.

Eh oui, l’un ne va pas sans l’autre. Comme la poule et l’oeuf, à cela de près que l’on sait que c’est l’oeuf, ou plutôt le cynique, qui vient avant le cynisme. En tant que concept, le cynisme a toujours existé mais s’il a actualisé son potentiel, c’est grâce au cynique. Le problème des cyniques, c’est qu’ils ne rient pas. Même quand c’est tout à fait correct de le faire, quand rire est encouragé même, eh bien les cyniques ne rient pas.

Le monde est tel qu’en 2014, non seulement y a-t-il plus de cyniques, mais ces cyniques ont plus de façons qu’à tout autre moment dans l’histoire de faire valoir leur point de vue et leur cynisme. Et les cibles ne manquent certainement pas. 

Depuis le 29 juillet sévit le phénomène du «Ice Bucket Challenge» un peu partout. La prémisse est bien simple: quelqu’un te lance le défi et tu as 24 heures pour te balancer un seau d’eau glacée sur la tête, en plus de lancer le défi à trois de tes amis. Si tu le fais, tu ne dois que donner 10$. Si tu ne le fais pas, le don monte à 100$. Pardon, un don?

Oui, un don. Le défi a réussi a créer un engouement pour la sclérose latérale amyotrophique , ou SLA, ou maladie de Lou Gehrig (ou ALS chez les Anglos). Il s’agit d’une maladie terrible dont on ne connaît ni les causes, ni le traitement, et qui affecte entre 2 500 et 3 000 individus au Canada. La SLA s’attaque peu à peu aux cellules nerveuses du cerveau et de la moelle épinière… jusqu’à ce que l’individu ne puisse plus rien faire.

Grossièrement, c’est ça, la SLA. Et tous ces dons faits dans le cadre du défi sont (censés être) faits au profit de cette maladie. Jusqu’à présent, c’est 100 millions de dollars qui a été amassé aux États-Unis, et 1 113 936$ au Québec.

C’est à ce phénomène du «Ice Bucket Challenge» que s’attaquent les cyniques. Et je leur réponds; appelez-moi le cynique des cyniques.

Vous savez, on sait bien que cette cause n’est qu’un pas, un tout petit, de plus que le «Harlem Shake» de 2013. C’est une mode qui passera mais d’ici là, c’est toujours possible de faire une petite différence. Est-ce que le «Ice Bucket Challenge» se voit à simplifier une cause bien complexe? Oui, sûrement. N’empêche, toutefois, que la SLA peut tirer profit de cet engouement. Il y a aussi ça, qui est simple: le défi est une façon pour tout plein de personnes (et je m’inclus parmi elles) de contribuer à une cause qu’elles connaissent autrement peu. Mais ça, les cyniques n’aiment pas.

Les cyniques disent qu’on utilise cette cause pour se redorer l’image. Bah oui. Ce n’est pas en offrant un petit 100$ qu’on changera le monde, on le sait, mais pendant que vous nous dites ça, il reste qu’on a effectivement donné 100$ de plus que vous. C’est la vie en 2014. Si votre chien se fait raser le poil, vous partagez la nouvelle sur Facebook. Si vous faites une belle séance de photographie, vous en faites tout autant. Et donc, si vous vous balancez un seau d’eau glacée sur la tête, c’est sûr qu’on le verra sur Facebook. Personne, ou du moins pas moi, ne dit que ce défi est parfait.

C’est facile de se sentir important en utilisant le «Ice Bucket Challenge» mais pour ce que ça vaut, je n’avais encore vu personne le faire avant que les cyniques eux-mêmes ne le dénoncent. Il est bien triste de constater qu’en 2014, plusieurs dénoncent une mode qui a amassé tout plein de fonds pour des gens dans le besoin. Plutôt que de lancer la première pierre, ce qui est toujours si facile, les cyniques devraient plutôt se demander pourquoi ils s’attaquent ainsi aux autres.

Mais, ils ne le feront pas. Ils disent que ce n’est pas toujours bon de donner tant d’argent d’un seul coup aux organismes de bienfaisanceOu que ce n’est pas toujours tout l’argent qui va à la recherche. Effectivement, mais est-ce une raison pour ne rien donner? Ils disent aussi qu’on gaspille pas mal d’eau comme ça, à se sentir pseudo-important, surtout qu’il y a un grand besoin d’eau potable à tant d’endroits sur cette planète. Ah. En fait, messieurs dames les cyniques, savez-vous que cette eau potable, on la gaspillera une autre fois de toute façon. Même vous, vous le ferez. Peut-être ce sera pour cuire des pâtes, parce qu’il est tard un soir, et qu’on a un petit creux. Le manque d’eau restera partout sur terre mais au moins, on aura nos pâtes. Les cyniques disent aussi que tout plein de personnes ne font même pas le don, se contentant de se balancer le seau d’eau sur la tête. C’est un peu dire que plus personne n’a droit d’aller voir les matchs du Canadien, parce qu’il y en a qui ne savent même pas qui est le capitaine de l’équipe.

Le «Ice Bucket Challenge» est si efficace, parce qu’il est si différent. En temps normal, c’est une jeune femme de la Croix Rouge, ou encore un jeune homme de «Parce que je suis une fille», qui se dressent sur notre passage et qui tentent de nous convaincre de donner à leur cause en jouant sur notre sens de culpabilité. On déteste ne pas avoir de choix. On fera un don quand ça sera notre idée de le faire, et même si ça ne l’est pas complètement… on veut croire que ça l’était.

Effectivement, le «Ice Bucket Challenge» est une façon simple de penser qu’on fait quelque chose de bien. Tout comme le sont le fait d’aller au gym une fois par semaine ou de regarder trois ou quatre comédies romantiques suite à un coeur brisé. Ça ne change rien, ou si peu, mais on le fait quand même. On cherche toujours à maximiser le rendement tout en minimisant les efforts. Au lieu de ce défi, ne devrait-on pas plutôt discuter de l’Ebola ou de Ferguson? Bien sûr, mais il n’est pas nécessaire que ce soit tout ou rien. On ne devrait pas, non plus, encourager la FIFA dans quoi que ce soit, mais on a été tout plein d’idiots à le faire pendant la Coupe du monde cet été. Qui plus est, saviez-vous que vous pouviez contribuer à ces deux autres causes? Ici pour la crise de l’Ebola (via Médecins sans Frontières), et là pour Ferguson et Michael Brown (via GoFundMe).

Bravo à tous les cyniques, donc, ceux-là qui reprochent aux autres d’utiliser une belle cause pour promouvoir la leur. Pour l’occasion, voici ma vidéo du «Ice Bucket Challenge». J’ai décidé de faire plaisir à tous ces cyniques et de promouvoir absolument tout ce que je pouvais.