Les 20 ans de L'École du Micro d'Argent

  (Photo via  Facebook )

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On discute IAM si tu veux bien, ok?

Oui tu sais, IAM ce groupe de rap bien connu pour plusieurs raisons mais pour les besoins de la chose et ce qui nous importe ici: ce groupe de rap bien connu parce que le 20 mars 1997 paraissait leur album L’École du Micro d’Argent.

L’École du Micro quoi, tu me diras et bon, je te dis attends et on y va avec le début. IAM est ce groupe de rap de France avec Akhénaton, Shurik’n, Kheops, Imhotep et Freeman, ce groupe qui a débuté en 1989 direct de leur planète Mars qu’est leur ville d’origine de Marseille, qui s’est hissé au sommet lors des années 90s et qui a vendu tout plein de millions d’albums au total jusqu’à maintenant. Tu sais, IAM ce groupe qui, encore aujourd’hui, continue à faire son chemin—tiens, juste ce mois-ci, ils ont offert à leurs fans un tout nouvel album.

Connais pas celui-ci, paraît qu’il est nommé Rêvolution, mais je connais bien sûr L’École du Micro d’Argent. Toi aussi, je crois? C’est l’album phare du groupe, certainement à mes yeux en 1997 et probablement encore aujourd’hui, 20 ans plus tard. Il compte pas moins de 1,6 millions de ventes et est aujourd’hui l’album de rap français qui s’est le mieux vendu de l’histoire.

L’album est ce qu’on appelle du rap pur, comme on se plaisait à en faire dans les années 90, du pur et dur et où ce qui prime est le texte et le message de celui-ci. Les textes des rappeurs Akhenaton et Shurik’n, te le rappellera le Journal de Montréal, sont hallucinants, alliant des récits narratifs percutants (i.e. «Petit Frère») et les critiques sociales comme bien peu savaient, ou savent encore, le faire. C'est l'unité qui prime avec IAM.

C’est un album de rap français, ce par quoi on y va d'un rapprochement avec la vilaine caricature et cette vision simpliste voulant que le rap de France dise plus, et donc qu'il soit mieux, que celui des USA. Vrai que ce n'est pas que ça la réalité. Sauf que s’il y a caricature, c’est qu’il y a là une part de vérité: le rap français moyen a généralement bel et bien toujours utilisé des textes très complets… l’envers de cette médaille étant cependant que cela s’est souvent fait au détriment de la facilité d’écoute. Dans les années 90s, écouter un album de rap français, c’était trop souvent comme faire un devoir; tu le faire, I guess, mais bon y’a le match à la tv du CH que tu voudrais bien regarder aussi, c'est pas juste les devoirs dans la vie.

Mais c’est pas le cas avec L’École du Micro d’Argent.

C’est pas le cas, non, et c’est en partie parce que les gars de IAM ne prétendent pas ne pas avoir été influencés par leurs compatriotes américains. En d’autres mots, le rap américain a plusieurs bons côtés—et IAM les utilisent tous. L’album inclut plusieurs morceaux rappelant ce rap américain, même des collaborations avec des rappeurs affiliés au Wu. Par exemple «La Saga», avec les Sunz of Man, est l’un des moments forts de L’École, et c’est en grande partie grâce à cette synergie entre les gars de Mars et ceux du Wu, entre l’anglais et le français, le tout joué sur une mélodie qui, psssst en passant je dis ça de même, se rapproche beaucoup plus de ce qui fait chez les USAins.

Mais bon, voilà là les grandes lignes, le portrait macro et général de l’album. Au point de vue plus subjectif? Eh bien, L’École du Micro d’Argent est ce qui t’apporte à te différencier, à t’affirmer et à t’afficher quand t’es encore jeune enfant, à peine ado à 11-12 ans. Tu es ti-cul, comme on dit, et dans ta vie t’as jamais vraiment écouté beaucoup de musique à part l’album D’eux de la Céline Dion nationale, de Beau Dommage et autres qui étaient les préférés de tes parents lors de vos «road trips» en famille.

Mais bon, là d’un coup tu tombes sur L’École et il semble que tout à coup ton horizon musical s’éclaircit. Tu faisais ton bout de chemin avec un album comme celui de The Cranberries pour des raisons qui t’échappent encore aujourd’hui, mais là tu découvres enfin un album pour toi. Tu découvres des gars de IAM qui te parlent, qui ne viennent pas nécessairement de ton monde, tu viens de Montréal et eux de Marseille, mais bon les textes et leur message d’unité et d’inclusion sont des thèmes qui te rejoignent.

Donc avec L’École, tu te découvres un peu plus.

Mais c’est pas même juste ça. C’est même l’album dont tu choisis d’analyser un texte quand on te demande en cours de français une comparaison entre deux oeuvres littéraires. Tu te souviens, toutes ces années plus tard, que tu avais choisi le morceau titre de l’album, mais quant à l’autre, le poème, t’as aucun souvenir. T'avais discuté du morceau L’École du Micro d’Argent, qui est une sorte de cri de ralliement pour tous les adeptes du groupe et de son rap français.

Mais bon, tout ça tu le sais pas au départ. Ce travail d’analyse en cours de français vient beaucoup plus tard après la parution de l’album en 1997, mais n’empêche que tu le fais déjà inconsciemment, ce travail.

Parce que l’album reste l’un de ceux qui façonnent plus tard et, dès la première écoute, tes goûts musicaux, peut-être non plus maintenant en 2017 alors que t’as 31 ans mais certainement à ce moment-là. Si t’as aimé Les Architekts et leur album Le Plan (i.e. le meilleur album de rap montréalais, que tu diras!), et la Fonky Family, ou Nas, ou tout plein d’autres rappers de renom, c’est beaucoup grâce à IAM et à L’École du Micro d’Argent. Et si tu t’es inscrit en 2002 ou 2003 sur un forum de rap puis tu y as participé si longtemps, en écrivant post après post après post, c’est beaucoup grâce à IAM et à cet album.

En 1997, t’étais, pour le dire en termes que les gars de IAM comprendraient, un petit con et puis tu t’es fait une raison.