Deuxième lettre pour Marc Bergevin

Salut Marco, faut croire qu’un surnom, ça reste, parce que je continue avec Marco. Parce que ça fait plus hot que Marc, Bergevin ou même M. Marc. Et anyway, M. Marc, c’est dans Minuit, le soir. C’est déjà pris, M. Marc.

Comment que tu vas, cette fois? Ici, les belles journées d’été ont laissé la place au frette de l’automne. Même si on est encore en théorie pendant l’été, tu sais ben que la théorie, c’est pas la vraie vie. L’automne, donc. Il fait froid maintenant, mais c’est l’inverse qui se passe en nous. Tu te les gèles dehors, mais en d’dans de toi, dans ton coeur, c’est tout chaud. Parce que c’est l’automne, pis les gars sont sur leur retour. Nos Gars. 

Plus qu’une semaine à peu près, Marco. C’est plus six dodos si tu veux que je sois exact, mais six dodos, c’tune semaine. Dans six dodos, Nos Gars retournent sur la glace. Pour du hors-concours et peut-être même qu’on verra pas les vrais de Nos Gars avant un bout, mais du hockey c’est du hockey. Y’en a qui disent qu’tu vas jouer comme que tu pratiques. Moi, je pense qu’tu vas pratiquer comme que tu joues en hors-concours. J’ai déjà joué, tu sais. Au hockey. Bon, mon rêve de me joindre à la Sainte-Flanelle est vite mouru, mais je sais c’est quoi du hors-concours. C’est là que tu mets ta fondation pour le genre d’équipes que tu veux pour la saison.

Du hors-concours, c’est le retour des vraies choses. Plus je pense à ça et plus je me dis que le Bon Dieu, il a mal fait ça. C’est pas l’automne qu’il faudrait après l’été, c’est le printemps. La saison des amours. Et y’a pas plus gros, ni plus beau, amour que celui d’un gars pour Ses Gars. Tu sais, je me dis que quand que l’impensable va arriver et que notre Jean Béliveau ira prendre sa place à la droite du Bon Dieu, en haut, ça va peut-être changer. Tout le monde le sait, c’est toujours le bras droit qui mène. Quand Jean y sera, ça sera Jean, pis le Bon Dieu qui l’écoutera. On aura p’têtre notre printemps.

Tu sais comme moi qu’on a failli en avoir la preuve y’a pas si longtemps. Jean, il va pas bien. Mais il reste toujours là. Pour le moment. Je sais bien que ça y est pour rien, mais j’ai été allumé deux, trois lampions au Temple quand j’ai appris la nouvelle. Pis j’ai parlé à ses vieux acolytes de l’ancien Forum, les fantômes. Tout le monde les cherche, Marco, et moi, je sais où ils sont. Dans notre tête. Les fantômes, c’est le doute. C’est les pensées comme quand que tu te dis que p’têtre la Érika qui s’assoit à côté de toi en cours de chimie, ben elle t’aime pas comme que toi, tu l’aimes. C’est ça, les fantômes. Sartre avait pas raison. L’enfer, c’est les fantômes.

Mais bon, c’est y’a longtemps, ça, avec Érika. Et c’est même pas son nom, Érika. J’ai changé, pour sauver les réputations. Je suis plus à l’école non plus. Non seulement ça, mais je suis revenu en ville. Les gars, Nos Gars, mes gars (mes amis, tsé), ils me manquaient toute trop. Tu sais, Toronto, c’est bien beau, mais c’est comme ce que tu apprends quand que t’es ti-cul. Si ta tête est ronde, ça sert à rien d’essayer d’la passer à la même place que toutes les têtes carrées. T’as beau pousser, ça passera jamais. J’adore encore T.O. (sauf ses Leafs) et je vais peut-être même y retourner. J’ai aimé ça à ce point-là! Mais mon dieu que ma tête est ronde.

Moi et Toronto, je vois un peu ça comme Nos Gars pis la saison morte. C’est bien beau pratiquer ton swing de golf, mais un jour tu te souviens qu’un slapshot est bien différent d’un coup de wedge. Pis qu’un neuf trous, c’est beau, mais c’est pas un match de hockey. Même si c’est du hors-concours. J’aime bien putter, mais c’est ici, à Montréal, que je pratique mes slapshots.

C’est pour ça que je suis revenu, Marco. Pour ça, et aussi parce que je veux faire mon gérant des estrades si tu veux bien me l’admettre. Tu as fait pas mal tout ce que je t’avais demandé l’autre fois, alors ça me fait croire que j’avais raison. (Resigner PK? Check. Resigner Markov? Check. Renvoyer l’touriste Vanek au Minnesota? Check. Un peu plus, et j’irais à la banque.) Ça m’fait croire itou que tu peux avoir mon avis encore.

Je sais bien que t’es un grand salseur mais des fois, trop salser, c’est comme pas assez. Le 15 septembre, t’as décidé de choisir que ce serait personne qui aurait le C. Au lieu d’un capitaine, on aura quatre assistants. Marco, je crois que c’est une erreur. Prends-le pas mal là, c’est du dur amour comme qu’ils disent, en anglais. Tu sais que je saigne en trois couleurs, c’est pas méchant.

On en a un, dans Nos Gars, qui saigne en trois couleurs itou. C’est PK. Il a un de nos quatre A, mais il mérite le C. C’est pour ça que je dis que tu salses. Tu sais, un jour tu prends ta retraite pis tu quittes la chambre des gars pour le bureau du boss. T’es bien la preuve que tu peux enlever le Gars de la chambre, faut d’abord lui enlever ses souliers d’danse. Parce que tu salses avec PK, Marco. Ça prouve que tes souliers sont encore aiguisés, mais pas toutes les routines se valent. Une salsa, c’est encore mieux que le dougie.

Pas besoin de faire le dougie pour nous impressionner, Marco. Reste avec ta salsa. Et la salsa, ici, c’est donner le C à PK. (Méchant slogan en plus, ça rime.) Les fans et les fefans, on veut tous la salsa. Écoute-nous, on l’chante toujours au Temple. “Olé! Olé! Olé! Olé!” (Bon, pas moi parce que j’ai pas le cash pour y aller pis chanter. Mais j’ai l’ami qui a le cash, donc je serai là en février pour le match contre Giroux et ses Gars à lui. On se verra là, Marco.)

C’est sûr qu’il est jeune, PK. Mais tu sais-tu quoi d’autre que c’est qu’il est? Un winner. Scuse, un Winner. Avec le W majuscule. Emilio Estevez avait le Grand V, Nos Gars ont le Grand W. PK, il gagne. C’est un gagnant. Un soldier. Un guerrier, même s’il a pas la barbe du guerrier. Remarque, je dis pas ça comme les platitudes qu’on disait sur Tebow. C’est pas parce que tu sais gagner que t’es un W. T’es un W, parce que t’es talentueux d’abord. Mais c’est pas tout juste le talent, Marco. Le talent, ça change le monde, mais pas tant que ça…

Tu sais, c’est beau et noble de vouloir remplir les attentes du passé glorieux du CH. Mais faut aussi vivre aujourd’hui pour aujourd’hui. Il y a 15 ans, le Sherwood de bois avec la courbe Paul Coffey était le plus populaire. Y’a bien plus que des Sherwood maintenant. Maintenant, c’est des Warrior et des Bauer. Bon, je dis pas que PK , c’est les Bauer et que, genre, Saku, c’est les Sherwood. C’est pas ça je veux dire dans ma comparaison figurée. Mais les ti-cul aujourd’hui, ils jouent avec des Bauer. Porque tu poignerais un Sherwood quand le Bauer est même pas si cher?

Il est plein de choses, PK. C’est sûr, Marco. Il est allé sur le stage pour boire des brewskies, mais tu sais-tu quoi? Tout le monde l’aurait fait, ça, avec Seth Rogen. Il envoie des mots doux à Genie, mais tu sais-tu quoi? Tout le monde en a ri, Marco. C’est sûr que y’a toute la tradition du CH à respecter, mais il est différent, le CH en 2014. En 2014, le CH est aux jeunes. Et ils font tout ça, les jeunes. Pis les jeunes, c’est aussi à eux que va être le CH de demain. Pas aux plus vieux avec leur Sherwood. Les jeunes, ils veulent aussi plein de W. Des victoires. Porque pas leur donner leur Bauer dès cette année donc, surtout si tu vas le faire dans un an de toute façon?

Mais bon, ça, c’est juste moi avec ma calotte de gérant des estrades. C’est comme si je me prenais pour toi. Toi qui a pas besoin de calotte, parce que t’as le veston. Le veston du gars sérieux. Le veston du gars qui doit préparer ses gars, Nos Gars, pour du hors-concours. Le veston du gars qui a hâte que la grosse toutoune recommence à chanter. Le veston du printemps.